Incroyable pourtant c' est vrai ca c' est passé de 1941 à 1983

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Genève commence à museler la presse dès que certains journalistes mettent leur nez dans des affaires pas claires


Genève commence à museler la presse dès que certains journalistes mettent leur nez dans des affaires pas claires

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Nous sommes Charlie

En une 29 mars 2015

Notre agence attaquée et censurée par les autorités de Genève

 

VOTRE GUEULE!   Pour la première fois de son existence, PJI se retrouve devant la justice le 7 avril. En cause, une publication concernant les conditions de vie des quatre enfants Babel-Andrieux dans le foyer où ils ont été placés. L’institution et un éducateur réclament la disparition de l’article sur le site, des excuses, 10 000 frs de dommages et intérêts et l’interdiction totale d’enquêter sur eux à l’avenir.

Le 24 décembre 2014, PJI a publié les lettres adressées depuis des mois par les enfants Babel-Andrieux aux diverses instances genevoises. Avec leurs mots, ils détaillaient leur quotidien dans le foyer genevois où ils sont contraints de vivre. Comme personne n’a donné suite à ces courriers, il nous a paru d’intérêt public de mettre en ligne ces documents. Plus quelques captures d’écran tirées de Facebook et vues préalablement par des milliers de personnes.

//www.pjinvestigation.ch/?p=2106

Cette initiative a fortement déplu au foyer concerné et à un de ses éducateur. Nous avons reçu, le 6 mars, une citation à comparaître, le mardi 7 avril, au Tribunal d’arrondissement de la Broye et du Nord Vaudois. Nous nous y rendrons, accompagné par le juriste qui nous suit à titre gracieux depuis les débuts de PJI, Marc Deschenaux.

Cette attaque juridique a ému les réseaux sociaux, surtout ceux qui se battent depuis des années contre les abus des services de protection de l’enfance. Le site français Comité Cedif, « pour la défense de l’individu et des familles », a publié une interview de PJI que nous reproduisons intégralement avec quelques précisions supplémentaires pour nos lectrices et lecteurs. Comme ça, du côté Suisse, vous saurez tout sur cette affaire et ce qu’elle implique. On vous tiendra au courant de l’évolution de la chose, comme on dit…

 

Bonjour Monsieur Cerutti, vous êtes journaliste d’investigation, pouvez-vous présenter votre parcours à nos lecteurs ?

J’exerce ce métier sous diverses formes depuis plus de trente ans. J’ai travaillé dans des rédactions locales du Nouvelliste, j’ai été spécialiste en télé et cinéma, j’ai été rédacteur en chef de Canal 9, une télévision régionale en Suisse. Je travaille dans le journalisme d’investigation depuis 2008 lorsque je suis revenu en presse écrite. J’ai surtout suivi un dossier, durant cinq ans, qui touchait le monde médical dans ma région. A la fin, tout ce que j’ai dénoncé a été recoupé par les autorités qui ont finalement pris les décisions qui s’imposaient. Soit le licenciement de certains responsables. Entre temps, je me suis fait traiter de «cancrelat» par certains politiciens qui ne comprenaient pas que l’on puisse critiquer un système dont le principal mérite était de couvrir certaines erreurs plutôt que de se remettre en question.

La presse d’investigation ne semble pas plaire à certains magistrats et politiques  puisque vous avez été ainsi que le journal dans lequel vous travailliez, l’objet du plainte du conseiller d’Etat socialiste Charles Beer auprès du conseil de la presse. Pouvez-vous nous raconter cette affaire?

Je me suis intéressé à ce qui se passait à Genève, avec le SPMI, alerté par un avocat qui, à l’époque, défendait la famille Babel-Andrieux. Dans le journal Vigousse, j’ai publié quatre articles qui mettaient en évidence les dysfonctionnements administratifs autour de ce dossier.

//www.vigousse.ch/numeros/129/pdf/Vigousse_no129.pdf

//www.vigousse.ch/numeros/134/pdf/Vigousse_no134.pdf

//www.vigousse.ch/numeros/136/pdf/Vigousse_no136.pdf

//www.vigousse.ch/numeros/163/pdf/Vigousse_no163.pdf

Encore maintenant, malgré la lecture de centaines et de centaines de pièces, rien n’explique clairement pourquoi on a enlevé la garde des quatre enfants à leurs parents. Du côté des autorités genevoises, on s’est toujours retranché derrière le secret de fonction pour ne pas me répondre. Mes papiers les ont tout de même agacés et j’ai été dénoncé au Conseil de la Presse. Celui-ci a rendu un jugement à la Salomon. D’un côté, il m’a soutenu car il y avait «recherche de la vérité», je leur avais fourni trois clés USB avec les pièces sur lesquelles reposaient mes enquêtes. De l’autre, ils n’ont pas trouvé normal que je mette les prénoms des enfants concernés. Je l’avais fait de façon délibérée, car, à mes yeux, ils méritent une reconnaissance sans pseudos de ce qui leur arrive. Enfin, on m’a reproché de ne pas avoir parlé avec la partie adverse. Ce qui est assez faux-cul, celle-ci se réfugiant toujours derrière son fameux secret professionnel. En plus, j’avais eu un téléphone avec Charles Beer. Il m’avait dit ne pas vouloir porter plainte même si «on» le lui demandait. Tout en me suggérant de ne pas continuer. J’ai donc rédigé deux autres articles sur la question. Il faut aussi comprendre, en Suisse, que les institutions utilisent de plus en plus des mesures provisionnelles. Si elles savent que l’on farfouille sur un thème qui les dérange, elles peuvent paralyser la sortie d’un article durant au moins un an si un juge entre en matière. A PJ Investigations, nous estimons que, si nous possédons assez de pièces sur un dossier, nous n’avons pas systématiquement à contacter «la partie adverse», qui se ferait une joie de courir dans un tribunal pour censurer notre travail.

Vous avez pu enquêter sur des terribles “faits divers” comme par exemple celui du petit Luca prétendument violenté par son chien d’après la justice, nous avions aussi parlé de cette affaire. Y-a-t-il un problème avec la justice suisse pour qu’elle en arrive à de telles conclusions ?

Avec l’affaire Luca, nous ne sommes plus à Genève mais en Valais. Derrière cette agression, il y aussi toute une série de protections dans une enquête, qui, à mes yeux, n’a pas été diligentée jusqu’au bout. Les juges se couvrent entre eux, de même que la police, le corps médical, avec certaines implications politiques à la clé, liées aux agresseurs présumés de Luca. C’est donc un couvercle que l’on cherche à refermer car cela fait des décennies que cela se passe ainsi. En Valais, Luca n’est de loin pas le seul exemple du genre.

Vous avez attiré l’attention sur l’affaire Babel Andrieux. Dans cette affaire des conseillers d’Etat ont adressé une pétition et ont dénoncé la protection de l’enfance avec toujours une réaction du fameux Charles Beer. Votre équipe de journalistes s’est intéressée de près à cette affaire. Comment expliquer cet acharnement contre cette famille ?

Il ne s’agit pas de Conseiller d’Etat, mais, notamment d’un député. Par la suite, la pétition est devenue «citoyenne »… Ce qui lui a conféré nettement moins d’impact. Contrairement à beaucoup d’autres, la famille Babel-Andrieux ne s’est pas laissée faire. Elle a montré les dents, s’est très vite brouillée avec les divers représentants des organes impliqués dans leur dossier. Avec le SPMI, comme les divers juges ou spécialistes de l’enfance au sein du monde médical, cela a dégénéré. Pire, à plusieurs reprises, il y a eu médiatisation de leur cas, ce que ne goûtent pas forcément certains fonctionnaires. Si l’on remonte à la base de tout ce dossier, nous avons un directeur d’école qui n’a pas apprécié se retrouver dans la presse genevoise parce qu’il s’obstinait à vouloir mettre un des enfants Babel-Andrieux dans une classe qui n’était pas adaptée à son handicap. Et qui a rendu la monnaie de la pièce dès qu’il a pu. Au final, nous avons un conflit entre adultes et ce sont les gosses qui paient une lourde, très lourde addition.

Les enfants, eux aussi, se révoltent et utilisent les réseaux sociaux pour réclamer de rentrer à la maison. Ceci dit, après quatre ans, l’acharnement étatisé a «payé». La famille Babel-Andrieux a totalement implosé, elle ne peut plus affronter les dettes accumulées, elle se retrouve, en ce moment, SDF.

L’UDC locale s’est donc mobilisée notamment par cette pétition et par réaction le SPMI s’acharne encore plus, le fonctionnement de cette institution n’est-il pas pathologique ?

Le problème du SPMI, c’est qu’il s’agit d’un monstre bureaucratique qui n’est pas adapté à sa mission. Celles et ceux qui pourraient la mener correctement à bien finissent en burn out ou en dépression. D’autres personnes prennent le relais, mais elles n’ont pas l’expérience de vie, voire la formation complète, pour gérer des dossiers pointus qui concernent l’avenir de familles. Le politique, qui a mis en place cette vaste usine à gaz, ne veut pas reconnaître qu’il s’est fourvoyé. Comme ce sont les rapports du SPMI qui font foi lorsque des tribunaux doivent statuer, cela engendre parfois des décisions aberrantes. En fait, sur le fond, le SPMI frustre tout le monde. Celles et ceux qui y travaillent dans des conditions où ils sont très vite dépassés par les événements. Et certaines familles frappées de plein fouet par des constats à côté de leur réalité.

Les enfants sont-ils en danger dans le foyer de placement ?

Je ne peux parler que du cas des enfants Babel-Andrieux. Deux d’entre eux nécessitent des soins particuliers liés à des maladies. Je vois que le suivi est plutôt… cafouilleux. L’institution est censée suppléer à ce que les enfants ne recevaient prétendument pas dans leur famille, et c’est le contraire qui se passe ! Quand, en plus, les éducateurs n’arrivent pas à donner le tour, ils appellent au secours la maman ou le père ! Il faudrait savoir ! Il n’y a pas d’encadrement précis dans la scolarisation, l’hygiène de vie, voire l’habillement.

Vous avez publié la lettre d’un des enfants Andrieux qui dénonce notamment les faits de brutalité et de menaces commis par un des éducateurs du foyer et alors que vous travaillez sur d’autres enquêtes, c’est celle-ci qui déclenche des poursuites contre votre agence, comment expliquer ce traitement de faveur ?

Le foyer incriminé part d’emblée du constat que l’enfant ment et que l’éducateur dit la vérité. Si nous avons publié ces témoignages bruts c’est tout simplement parce que personne d’autre ne le fait. Ces gosses écrivent depuis des mois sans avoir de réponses. Une des bases de PJ Investigations, c’est de donner la parole à celles et ceux qui n’arrivent pas à trouver des échos dans des médias plus traditionnels. Le passage qui nous vaut les foudres du foyer est un post que Thomas a mis sur son mur Facebook, se plaignant de l’attitude d’un éducateur qu’il cite de façon nominative. Comme je reviens souvent sur mes articles, j’ai modifié voici quelques semaines cette capture d’écran, ayant remarqué que Thomas avait retiré son post. Entre temps, le foyer avait dressé un constat d’huissier sur la version ancienne de l’article. Je suis étonné, dans un premier temps, que l’éducateur et les responsables ne portent pas plainte contre Marc Zuckerberg, le fondateur de Facebook. Il y aurait plus d’argent à gagner ! Ils ne peuvent pas non plus attaquer Thomas, même si l’éducateur l’en a menacé, alors ils se tournent vers nous. Sur le fond, nous avons mis en ligne des documents publics qui montrent ce que ressentent des enfants placés. Nous sommes en démocratie, ils ont aussi le droit de se faire entendre.

Quels sont les arguments et les exigences des autorités dites de protection de l’enfance dans cette affaire ?

Tout le monde s’estime floué dans son honneur. Donc ils nous réclament 10 000 frs suisses, des excuses, la disparition de l’article de notre site et de ne plus jamais enquêter sur eux.

Comment peuvent-ils se permettre d’attaquer la liberté de la presse avec des arguments si mal fondés ?

Peut-être, pour eux, la liberté de la presse consiste à toujours louer l’extrême intelligence des institutions au pouvoir. Elles abominent qu’on ne les lisse pas dans le sens du poil. Elles sont respectables, réalisent un parcours sans faute et tout se passe à merveille dans leur monde de Binounours sociaux. Je les admire, vraiment, de ne pas avoir de doutes… Et surtout de ne pas se demander si, par hasard, ce que nous publions ne serait pas fondé. Nous avons une séance de conciliation le 7 avril…

Peut-on dire qu’en Suisse le SPMI est une sorte d’Etat dans l’Etat qui n’est pas soumis aux règles d’un Etat de droit ?

A nouveau, ce que je constate, dans le cas de la famille Babel-Andrieux, c’est que des collaborateurs se permettent d’entrer dans leur appartement sans avoir de mandat ou d’autorisation. Je ne parle pas des enlèvements musclés des enfants. La première fois en plein milieu de leur classe, à l’école. La seconde en pénétrant avec des forces de l’ordre dans l’appartement. De tels agissements entrent-ils dans l’esprit d’une cité où se trouvent bien des institutions à buts humanitaires et qui défendent justement les droits de l’enfant ?

Quels soutiens avez-vous reçu dans le milieu journalistique ?

Voici deux ans, L’Illustré a relayé le cas de la famille Babel-Andrieux. Le journaliste a opéré les mêmes constats que moi et les autorités genevoises ont aussi refusé de lui répondre. Sinon, nos collègues ne reprennent jamais nos informations, nous en avons l’habitude. Nous verrons, en fonction de la tournure que prend ce dossier, s’il y aura soutien ou pas.

https://comitecedif.wordpress.com/2015/03/18/des-journalistes-attaques-pour-avoir-parle-de-ce-qui-se-passe-dans-des-foyer-denfants-places/

Auteur

 

La Rédaction Agence d'informations citoyennes et favorisant le journalisme de solutions. Fondée le 11/12/13 par Patrick Nordmann et Joël Cerutti.

 


29/03/2015
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